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Vendredi 30 Septembre 2016

Septembre 2016

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Il est mort le Soleil

Le roi est mort !

Non, ce nouveau billet ne sera pas consacré à l’astronomie, ou aux prédictions astrologiques qui font pourtant florès en ce début d’année, ni même à une star de la chanson des années 70, mais bien – est-ce vraiment une surprise ? – à une très belle exposition du Château de Versailles dédiée à un sujet encore jamais traité sous cette forme : la mort des rois.

« Dieu seul est grand, mes Frères, et dans ces derniers moments surtout, où il préside à la mort des rois de la Terre », ainsi Jean-Baptiste Massillon commençait le 17 décembre 1715 l’oraison funèbre de Louis XIV qui avait gouverné le royaume pendant soixante-douze ans. Malade, diminué physiquement, le monarque s’éteint à Versailles le 1er septembre 1715, à 8h15. Pendant plus de deux mois, les cérémonies se succèdent. D’abord, le corps est préparé, exposé pendant une semaine à Versailles, puis transporté à l’abbaye de Saint-Denis où il reste sur un catafalque pendant quarante-deux jours. Là se déroulent toutes les cérémonies funèbres, prières publiques, messes solennelles, garde d’honneur et défilé des corps constitués. En croisant les sources – gravures, tableaux, médailles, mémoires – et les approches – on ne soulignera jamais assez l’importance et la pertinence de la scénographie – les concepteurs de cette remarquable rétrospective comblent un vide historiographique et ouvrent des portes intéressantes à qui s’intéresse aux rituels de la France d’Ancien Régime.

Le travail de mise en scène de Pier Luigi Pizzi permet au visiteur d’être plongé dans une ambiance stupéfiante : avec trois cents ans de décalage, il refait le parcours du courtisan venu rendre un dernier hommage au souverain défunt. Accueilli par l’immense cénotaphe reconstitué par le metteur en scène italien, il suit ensuite les différentes étapes qui ont conduit Louis XIV de son lit d’agonie à sa tombe de Saint-Denis.

Prêtés par les Archives nationales, le testament et son codicille sont présentés à proximité des tableaux de ceux qui se déchirent autour de son contenu : le duc du Maine – que le roi veut proche du petit Louis XV – et Philippe d’Orléans – auquel il ne peut refuser le titre de régent mais qu’il entend priver de toutes ses prérogatives. Les dernières volontés du vieux roi sont l’objet des premières luttes de pouvoir. Fin politique, Philippe les fait casser par le parlement et rogne considérablement le pouvoir accordé au prince légitimé. La section suivante est consacrée aux rituels d’ouverture et d’embaumement du corps. On y voit des objets aussi divers que des outils médicaux, des flacons d’apothicaires, mais aussi des plaques rappelant que les rois avaient coutumes d’inhumer leur cœur dans un autre lieu quand le corps était systématiquement mis dans un cercueil de plomb à la nécropole royale.

Plus surprenantes sont les effigies réalisées post-mortem. Masques mortuaires, bustes de cire, tout est fait pour que l’on puisse garder une image aussi précise que possible du visage du défunt. Puis viennent des parties consacrées au deuil à la cour ainsi qu’au convoi chargé de transporter le corps vers sa dernière demeure. Sans passer par Paris, dans une pompe réduite, la dépouille suit un parcours très codifié entouré par ses maisons religieuses, civiles et militaires.

C’est une fois à Saint-Denis que la pompe funèbre peut se déployer dans toute sa splendeur. Comme le rappelle Claude François Ménestrier « Quoy qu’il n’y ait rien de si triste que les images de la mort, la vanité n’a pas laissé d’y introduire une espèce de luxe. Nous paraissons magnifiques dans les sujets les plus lugubres. » (1683). Le 26 octobre 1715, l’église est transformée en salle de spectacle, l’Université, le Parlement, le clergé sont représentés, la nef gothique est tendue de noir, l’oraison funèbre est applaudie comme une prestation d’artiste, la musique royale joue. Lorsqu’on transfère le cercueil dans son tombeau, les bannières sont abaissées et le Premier Pair de France s’écrit « Le roi est mort ! Vive le roi ! » marquant ainsi la continuité du corps mystique du souverain et celle de l’État.

La dernière partie de l’exposition de Versailles est intitulée « Des funérailles royales aux funérailles nationales ». Par quelques objets et gravures extrêmement bien choisis, les commissaires ont décidé de faire apparaitre une concordance des temps très pertinente. Les rites funèbres de la monarchie absolue ont été repris par la Restauration pour les funérailles du duc de Berry et de Louis XVIII, par ailleurs pour le convoi qui ramenait les cendres de l’Empereur vers les Invalides mais aussi pour les cérémonies en l’honneur de Victor Hugo, de Sadi Carnot ou après l’assassinat du président Doumer en 1933. Une nouvelle preuve de la continuité monarchique de notre république ?

On s’étonnera surement du choix de cet article pour commencer une nouvelle année. « Il avait des défauts, le soleil a des taches. Mais il est toujours le soleil » disait le Père de La Rue dans son panégyrique de Louis XIV. Sa mort ouvre la voie à la Régence, période aussi brillante intellectuellement qu’aimable et légère comme disait Voltaire. Après une année 2015 lourde d’événements tragiques, que 2016 nous apporte la légèreté et qu’elle soit, à l’inverse de notre roi soleil, sans tache !

« Le roi est mort ! », Château de Versailles, 27 octobre 2015 – 21 février 2016.

Olivier Andurand, le 02/01/2016.

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