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Il est enfin arrivé ...

La prière au jardin des Oliviers de Mantegna, L'infante Marie-Marguerite par Velasquez et Picasso

Je sais à quoi vous pensez ! Mais non, il ne s’agit pas du Beaujolais nouveau qui est déjà sur nos tables depuis quelques jours ! Non, il s’agit de mon petit édito sur les deux événements dont je vous ai parlé précédemment. J’ai profité du mauvais temps pour aller fureter du coté du Louvre et du Grand Palais pour voir les deux expositions sur Mantegna et sur Picasso.

Soyons respectueux pour les Anciens et commençons par la très belle exposition que le Louvre consacre à Andrea Mantegna. Avant d’en relater plus, je dois mettre en garde les éventuels visiteurs. Comme tout le temps, le hall Napoléon est plein. Dès que le stade des 250 hôtes est franchi, le parcours devient vite délicat. Les gens restent devant les œuvres et le passage devient vite difficile. Il faut parler de passage effectivement, puisque la contemplation relève de la gageure. Malgré tout, en se glissant entre deux groupes, on arrive à apprécier la qualité des toiles présentées.

Le parcours est très bien fait et le contexte de création est présenté de manière extrêmement pédagogique. Beau-frère de Bellini, le génie vénitien, Mantegna le mantouan d’adoption a une source d’inspiration très nettement  vénitienne. Le parallèle entre sa crucifixion, aujourd’hui au Louvre, et les œuvres de Bellini est saisissant. De même, les grandes palla des églises vénitiennes viennent directement à l’esprit lorsque l’on contemple la Madona della vittoria. Pour finir, les responsables de la présentation ont voulu montrer l’inscription de Mantegna dans le contexte intellectuel de son temps. Il utilise dans sa peinture les grands thèmes humanistes et l’Antiquité païenne est omniprésente. Du triomphe de César au studiolo d’Isabelle d’Este, on voit un peintre pleinement pris dans les évolutions artistiques de l’Italie de la fin du XVe siècle. L’exposition est magnifique et c’est de tout cœur que je vous la recommande.  Surtout à vous, chers élèves de seconde qui pourraient lire ce texte, cette exposition est faite pour vous !

L’autre grand événement parisien du moment est au Grand Palais. Les équipes du Musée Picasso, du Louvre et du Grand Palais ont rassemblé une quantité impressionnante de chefs d’œuvre. Picasso est au centre de toutes les attentions mais ce n’est pas le seul grand artiste que l’on peut admirer. Rembrandt, Poussin, Vélasquez, mais aussi Manet, Titien ou encore Ingres voisinent avec le maître catalan. La présentation permet de voir que Picasso a une connaissance profonde de la peinture des siècles précédents. Si parfois les parallèles sont techniques, sur l’utilisation de la lumière par exemple avec la comparaison entre Zurbaran ou Rembrandt, mais aussi sur les sujets où le Déjeuner sur l’herbe de Manet est une source directe d’inspiration pour Picasso.

Mais les plus grandes recherches de Picasso, à la lumière de cette exposition, tournent autour de l’œuvre immense de Vélasquez. Le tableau Les Ménines qui n’est pas exposé directement mais rappelé par une projection dans la salle, est le point d’orgue de l’expo. On y découvre les différentes études de Picasso. On contemple son travail autour des Ménines, d’ailleurs c’est une des toiles de cette série qui fait l’affiche de l’exposition, on voit aussi juxtaposer le nain Sebastian de Morra, et l’infante Marie Marguerite dans leur version originale par Velasquez et dans leur version revue par Picasso. C’est stupéfiant de voir à quel point Picasso a disséqué les Maitres pour arriver à trouver un style qui lui est propre et qui tend à réduire l’espace en ligne et aplats de couleur. Travail moderne, mais au combien héritier de l’ancien. C’est à croire que je ne peux m’empêcher d’historiciser tout ce que je vois ! Serait-ce une déformation professionnelle ?

Un dernier conseil à ceux qui pourraient avoir envie de visiter cette exposition. La foule est au rendez-vous et il est fréquent de voir des queues dépassant une ou deux heures… il est donc judicieux de réserver ou alors d’y aller tard, très tard… Les nocturnes sont idéales pour éviter la cohue.

Je vous conseille vraiment ces deux expositions. Les œuvres sont magnifiques, le travail de présentation particulièrement clair et intelligent. Ce sont, à mon avis, deux passages obligés pour tous les visiteurs de notre belle capitale !

Mantegna, 26 septembre 2008 – 5 janvier 2009, Musée du Louvre

Picasso et les maîtres, Galeries nationales du Grand Palais, 8 octobre 2008 – 2 février 2009

Olivier Andurand, le 04/12/2008.

Ce diable de Mazarin

Cardinal Mazarin

Il y avait longtemps que je n’avais pas écrit. J’ai envisagé écrire un petit mot après les journées du patrimoine ; j’aurai sûrement pu décrire tout ce que j’ai vu des ministères parisiens. C’est très joli, nos ministres sont bien logés et j’ai personnellement un petit faible pour la Défense. Bien situé, joli parc, mobilier intéressant. Bref, tout pour plaire. Pour les élèves qui pourraient lire ces lignes, la visite de ces lieux peut vous aider pour vos décisions d’orientation.

J’aurai aussi pu écrire des lignes entières pour vous inciter à aller voir des expositions, celles sur Mantegna et « Picasso et les Maîtres » en particulier. Je ne les ai pas encore vues, mais je compte bien y aller rapidement. Quand on a la chance d’habiter Paris, il faut en profiter. Mais il ne me semble pas honnête d’écrire des pages entières sur des sujets que je ne connais pas. Alors, j’attends et pour vous, ce n’est que reculer pour mieux sauter. Ces articles, vous les lirez dans quelques temps.

De même, j’aurai aussi pu écrire un éloge du Rigoletto qui se joue en ce moment à l’opéra Bastille. Les décors sont vraiment bien faits et les costumes sont magnifiques. Les chanteurs sont excellents et ce spectacle aurait mérité à lui seul des lauriers nombreux. Mais j’ai déjà écrit sur l’opéra il y a quelques temps alors, je vais donner dans la nouveauté.

Aujourd’hui, je compte vous parler d’une pièce de théâtre présentée au théâtre Montparnasse. C’est une œuvre contemporaine, écrite par Antoine Rault et interprétée avec brio par Geneviève Casile qui campe une très belle Anne d’Autriche et surtout par un Claude Rich magnifique plus vrai que nature dans le rôle du cardinal Mazarin.

L’action se déroule dans les dernières semaines de la vie du premier ministre. A la fois mentor du jeune roi et ami (amant) de la reine, Mazarin est au centre de toutes les préoccupations. La psychologie des héros de cette pièce est parfaitement respectée ; le jeune roi est vif, amoureux et passionné, mais on distingue déjà le grand Louis XIV derrière les fougues de l’adolescent ; Anne d’Autriche, vieille femme délaissée par son défunt mari, retrouve la joie d’être aimée ; et enfin le brillantissime Mazarin, cardinal, Premier ministre, manipulateur, mais tendre et aimant pour le roi et la reine-mère.

On trouve enfin quelques perles dans ces dialogues. Des saillies sur les mœurs des Espagnols qui ne s’abstiendraient que des péchés qui ne donnent pas de plaisir ainsi que sur la manière de bien choisir un bon ministre : riche et facilement corruptible. Et finalement, il propose une règle (évidente aujourd’hui) pour renflouer les caisses d’un Etat à court d’argent.

« Mazarin : Colbert, tu raisonnes comme un fromage ! Il y a quantité de gens qui sont entre les deux, ni pauvres, ni riches… des Français qui travaillent rêvant d’être riches et redoutant d’être pauvres ! C’est ceux-là que nous allons taxer, encore plus, toujours plus ! Ceux-là ! Plus tu leur prends, plus ils travaillent – pour compenser… c’est un réservoir inépuisable. »

Bon conseil, qui porte encore de nos jours. Mais poursuivons un peu la citation, juste pour le plaisir :

« Colbert : Mais ils sont étranglés et ce sont les forces vives du royaume. Le plus grand risque que vous preniez, Excellence, c’est de laisser pourrir la situation actuelle. Il ne faut pas augmenter les impôts mais au contraire les baisser. Il faut développer le commerce – principalement le commerce maritime, comme le font les Anglais, les…

Mazarin : Oui, oui…

Colbert : Et l’industrie aussi…

Mazarin : Oui…

Colbert : Il faut diminuer le nombre des officiers de finances, sanctionner leurs trafics. On ne doit plus voir ces grandes fortunes scandaleuses qui nourrissent un sentiment de révolte dans le royaume.

Mazarin : Es-tu naïf, Colbert ? Crois-tu vraiment qu’on pourrait gouverner uniquement avec des gens honnêtes ? Hélas, Colbert !... pour tenir un pays, il nous faut aussi des…

Colbert : Des fripons !

Mazarin : Voilà. Hélas… Mais… ils nous rendent souvent de bien plus grands services que les gens honnêtes. C’est regrettable mais c’est ainsi. Ce sont les coquins qui mènent le monde.

Colbert : Votre Eminence est Premier ministre. »

Constat amer, mais pour reprendre les mots chers à Jean-Noël Jeanneney, n’y aurait-il pas une concordance des temps ?

Le Diable Rouge, par Antoine Rault, Théâtre Montparnasse, 31 rue de la Gaîté, 75014  Paris, du 5 septembre au 30 novembre 2008.

Le texte de la pièce a été publié dans la revue L’Avant-scène théâtre, n°1246, août 2008. La citation se trouve p. 18-19.

Olivier Andurand, le 22/10/2008.

Retour d’Allemagne (de l’Est) ...

Porte de Brandebourg, Berlin

Vive l’Europe ! Grâce à la Communauté Européenne, j’ai pu en effet participer à un échange du programme Marie Curie, un genre d’Erasmus, et passer quelques jours à Potsdam à la fin du mois de juillet. Ce voyage s’est fait en collaboration avec l’université de Potsdam, celle de Zielona Góra (Pologne), et celles de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines et Paris X Nanterre.

Le thème de cette rencontre universitaire était les Lumières et de mon coté, je représentais un peu les anti-Lumières, mes chers évêques n’étant pas particulièrement adeptes de la philosophie de Rousseau ou des pamphlets de Voltaire. Mais malgré tout, le point de vue méritait d’être présenté. Les Français présents pensaient qu’il s’agissait d’une sorte d’école doctorale d’été. En fait, il s’agit ni plus ni moins que d’un cours de niveau Licence (L3), ce qui a conduit à avoir des présentations largement en-deçà des espoirs que nous avions.

La tension était sensible, les Allemands semblant mépriser les Français venus, à leur avis, faire les gros bras sur leur territoire et affichant une hostilité sensible à l’encontre des Polonais, qui, il faut le signaler, ont eu tout de même le mauvais goût de comparer Frédéric II de Prusse à Hitler… Ambiance !

Malgré ces heurts nationalistes, ou universitaires, selon le point de vue adopté, ce séjour a été enrichissant. Humainement d’abord, car il a permis à de jeunes chercheurs de se rencontrer et d’échanger de façon pertinente sur des sujets qui les intéressent, et de découvrir d’autres façades des personnes avec qui nous travaillons.

D’un point de vue culturel aussi, ces quelques jours ont été intéressants. Ils m’ont permis de découvrir Berlin et Potsdam. La capitale allemande est vraiment un concentré d’histoire et visiter cette ville, c’est revoir le XIXe et le XXe siècle en accéléré. L’arrivée à Berlin par la gare centrale permet de gagner rapidement le Reichstag, puis la porte de Brandebourg. C’est un moment émouvant de passer sous ces colonnes et de se dire « il y a quelques années, je passais à l’est en suivant ce chemin ! » La transition aujourd’hui ne se voit plus, la Parizer Platz est entièrement reconstruite et couverte de monuments ultramodernes. Il ne reste que l’agence Aeroflot et surtout la très stalinienne ambassade russe. Quelques vestiges de la RDA subsistent encore, une Marx-Engels Platz, une Karl Marx Allee, un Karl Liebnecht Brücke. C’est vraiment la toponymie qui fait encore écho à ce passé pas si lointain.

Les musées berlinois sont d’une immense richesse. J’ai essayé de rentabiliser le plus possible mes quelques jours allemands pour voir le plus de chefs d’œuvre possible. La superbe Gemaldegallerie présente des Rubens à couper le souffle, mais aussi de très beaux primitifs allemands, des Dürer, des Cranach, dont un qui fait irrémédiablement penser à Jérôme Bosch, mais aussi un Caravage adorable, des Raphaël, bref, plus qu’il ne m’en faut pour être content. Néfertiti m’a gentiment attendu à l’Altes Museum, et j’ai enfin pu voir « en vrai ! » le grand autel de Pergame après avoir dû en parler pendant quelques minutes à un examinateur pas convaincu par mes propos. Maintenant, je sais de quoi je devais parler. Un peu tard, mais mieux vaut tard que jamais !

A propos du Pergamon Museum, il me faut faire une petite digression. Les collections de ce musée sont immenses et en particulier, c’est dans ces murs que l’on peut admirer la fameuse porte d’Ishtar provenant de Babylone. C’est donc logiquement que l’on peut « admirer » dans ce musée l’exposition Babylone dont j’ai déjà eu l’occasion de parler. Mais à la différence de l’expo parisienne, la berlinoise mêle aux œuvres proprement dites des installations d’art contemporain du plus mauvais goût. Des bébés fakirs voisinent avec un camp de concentration en Légo ou avec une série d’Unes du Daily Miror, représentant Saddam Hussein, recouvertes de strass… En plus d’être laid, à mon avis, cette exposition était choquante.

Berlin en tout état de cause ne m’a pas vraiment enthousiasmé. C’est une ville immense, avec beaucoup de richesses, je signale au passage le très beau musée historique, mais c’est une ville que j’ai trouvé sans âme, un grand chantier de construction qui essaye de faire disparaître son passé. C’est dommage, mais une fois que tout sera stabilisé, que l’horizon sera dégagé de ces grues, alors peut être faudra-t-il que je révise mon jugement. Quant à Potsdam, c’est une jolie petite ville, mais sans grand intérêt. Tout y respire une certaine forme de province, un peu bourgeoise, qui n’a rien à voir avec l’ambiance berlinoise.

Pour finir une petite remarque perfide à l’encontre de nos amis brandebourgeois. Les conducteurs de bus n’ont rien à voir avec ceux que les parisiens connaissent. Ici un ticket est un ticket et il est fondamental de le montrer avant de monter sous peine de rester à quai ! Tout cela fait très « ancienne structure. » Mauvais esprit quand tu nous tiens !

Ach ! Diese Französen !

Olivier Andurand, le 15/08/2008.

Gustave Moreau peintre de la folie et de l’exubérance

G. Moreau, L’Apparition, musée Moreau, Paris

On dit que le Sphinx de Gustave Moreau empêchait Corot de dormir, Zola détestait et Huysmans s’est inspiré de l’œuvre de Moreau pour construire son roman A Rebours. Pourtant aujourd’hui, ce n’est pas le peintre le plus célèbre de son époque. Naturellement la concurrence est rude pour ce pauvre Moreau, il a travaillé de 1850 jusque vers 1900 et c’est pour la peinture occidentale un moment de révolution. Les impressionnistes ont écrasé de leur poids et de leur talent les autres peintres. Et pourtant, ils n’ont jamais été seuls.

Le musée Gustave Moreau se situe au cœur du IXe arrondissement de Paris. Au 14 rue de La Rochefoucauld pour être précis. C’est un musée original puisque c’est avant tout la maison de l’artiste qui a été transformé en musée selon la volonté de Moreau lui-même. Elle s’élève sur trois étages dont les deux derniers seulement se visitent. Les œuvres ont été accrochées par le peintre et on peut donc les voir dans leur cadre d’origine. Il y a aussi quelques particularités muséographiques qui donnent à la visite un cachet supplémentaire. Moreau était un grand dessinateur et chacun de ses tableaux étaient préparés par une multitude de croquis, d’esquisses et d’études. Elles sont présentées dans des meubles que chaque visiteur peut regarder à sa guise. C’est un peu comme les poupées russes, chaque porte en cache une nouvelle et avec elle de nouveaux dessins. C’est amusant et très impressionnant. Qui pourrait imaginer que cette salle dont les dimensions sont assez modestes renferme autant d’œuvres différentes ? Mais en même temps, cela correspond bien au caractère de la peinture de Moreau. Il faut vraiment faire un effort pour voir l’ensemble des œuvres, de même qu’il faut se plonger dans l’œuvre du peintre pour essayer d’en dégager le sens ce qui n’est pas toujours évident.

Je ne suis pas un spécialiste de la peinture, et de Gustave Moreau encore moins, mais il me semble que ces œuvres sont complexes et vraiment atypiques. Je ne connaissais cet artiste qu’à travers les illustrations d’un manuel de littérature que j’avais eu Première. Les œuvres de Moreau étaient présentées à coté des textes d’Aloysius Bertrand Gaspard de la Nuit et en regard du portrait de Jean Des Esseintes dans A Rebours  de Huysmans. Cette visite m’a permis de confirmer ce que je pensais, c’est une incroyable étrangeté qui se dégage de ces toiles.

Lorsque vous arrivez dans la grande salle d’exposition, vous êtes accueillis par des toiles aux couleurs vives, dont les figures sont clairement dessinées. C’est un peu comme de la peinture d’histoire ou du Puvis de Chavanne. Mais si ce peintre se donne à comprendre au premier regard, ce n’est pas du tout le cas de Gustave Moreau. Les thèmes sont pourtant assez classiques, directement inspirés de l’Antiquité ou de la mythologie, le traitement est beaucoup plus puissant et dérangeant. L’inspiration lui vient directement des grands artistes du XVIe siècle comme Michel-Ange, Léonard de Vinci ou Vittore Carpaccio dont une copie du saint Georges de la scuola grande di San Giorgio orne le deuxième étage du musée. L’influence se trouve dans le dessin, dans les personnages, dans les couleurs, Moreau n’est surement pas un révolutionnaire qui veut faire table rase du passé. Bien au contraire, il réinvestit les grands maîtres du passé pour créer son propre style.

Ce qui caractérise essentiellement le style du peintre, c’est l’importance de la foi et de la religion. Les personnages de la mythologie sont christianisés, et les thèmes choisis par Moreau sont très souvent en rapport avec l’Ancien ou le Nouveau Testament. On peut penser en particulier au Moïse ôtant ses sandales avant d’entrer à Canaan. Ce tableau de facture très classique, représente un Moïse blafard, au seuil de la mort, à la tête du peuple hébreu. La figure du prophète est une référence assez nette à la sculpture de Michel-Ange dans l’église de San Pietro in Vincoli à Rome. Mais derrière Moïse, on aperçoit un jeune berger, roux et barbu qui ressemble furieusement au Christ. Le Christ comme continuateur des prophètes, voilà bien un thème chrétien. De même, on trouve dans le musée un tableau stupéfiant. Il s’agit de l’Apparition. On voit la tête de Jean-Baptiste apparaissant dans un halo lumineux devant Salomé. La belle qui a dansé pour obtenir la mort du Baptiste semble terrorisée devant cette tête sortie de nulle part. L’architecture se détache du fond irréel du tableau. Les lignes ont été tracées en blanc ce qui permet de les faire ressortir et de découvrir comment Moreau imaginait l’intérieur du palais d’Hérode. C’est un mélange d’architecture égyptienne, indienne, byzantine, mais le rendu est étonnant. La figure presque horrible peut être, sans conteste, considérée comme un des chefs d’œuvre de Moreau.

Que peut-on dire pour finir de l’œuvre de Moreau ? D’abord qu’elle est originale. C’est un style qui se donne à voir. Il est marqué par les références à la Renaissance, et à la foi chrétienne du peintre. Mais surtout c’est un univers totalement déconcertant que l’on découvre. Dans l’œuvre de Gustave Moreau, tout est symbole, tout doit faire sens. C’est donc une visite exigeante et enrichissante. La peinture peut déconcerter et ne pas plaire, mais il est indéniable que c’est une œuvre à part qu’il faut connaître.

Olivier Andurand, le 09/07/2008.

Marie-Antoinette ou l’histoire d’une écervelée

Portrait de Marie-Antoinette, Elisabeth Vigée-Lebrun, 1778

Pour quelques jours encore, le Grand Palais propose une exposition autour de la reine Marie-Antoinette. La dernière reine excite encore les passions et pour beaucoup, elle n’est plus un sujet d’histoire mais une victime, voire même une martyre de l’Histoire. Il est nécessaire de préciser une chose avant d’aller plus loin. Les aficionados de Sofia Coppola en seront pour leurs frais, pas de champagne, pas de macaron, pas d’Axel de Fersen. Si l’exposition ne tombe pas dans l’idolâtrie, elle n’est tout de même pas d’une grande objectivité et on frise régulièrement l’hagiographie.

Le plan suivi est chronologique. On nous présente la vie de la reine de sa jeunesse autrichienne jusqu’à l’échafaud. Les premières salles essayent de présenter la famille de la princesse, mais aussi son éducation et ses loisirs. On découvre son goût pour la danse et le dessin, mais on voit aussi une jeune fille totalement superficielle qui n’a pas l’envergure du rôle qu’on va lui attribuer. Elle est effectivement totalement ingénue et parle aussi mal le français que l’allemand. C’est une petite fille, sûrement pas une future reine.

Le reste est à l’avenant. On nous présente la famille royale française. Il y a les fameux portraits de Louis XV et du jeune Dauphin Louis, mais aussi, et c’est plus appréciable, un portrait peu connu du Dauphin, fils de Louis XV. Marie-Antoinette, on s’y attendait un peu, est partout. Mais en même temps, elle semble tellement superficielle qu’elle n’est vraiment nulle part. Rien ne nous est épargné. Tous les portraits d’Elisabeth Vigée-Lebrun, les coiffures de Sa Majesté (à la belle-poule, au hérisson, et j’en passe…), les enfants royaux, Marie-Antoinette avec une rose, la reine en chemise, la reine et ses enfants…

Les racines de la Révolution sont un sujet difficile, on ne sait pas très bien jusqu’où les faire remonter mais il est certain que la figure de la reine n’est pas étrangère au sentiment de révolte qui apparaît en France dans les années 1780. L’Affaire du Collier, dont l’exposition présente une reproduction, terni durablement la réputation de Marie Antoinette, elle qui était adulée à son arrivée en France, elle devient Madame Déficit, l’Autrichienne, une figure honnie et décriée.

La mise en scène de l’exposition sur la fin est très sombre. Surement pour faire le contraste avec le brillant, le bling-bling comme on dit aujourd’hui, de la vie de la Cour. Mais, est-ce mon coté anti-Marie-Antoinette ? J’ai trouvé que c’était la partie la plus intéressante de la présentation. On nous montre les gravures populaires critiquant la monarchie. On y voit Louis XVI sur un cheval de bois poussé par sa femme vers Varennes, on voit le roi-cochon et la reine-panthère, et naturellement on nous présente les fameuses Folies Utérines de Marie-Antoinette, toutes ces œuvres dont le poids historique est énorme, puisqu’elles ont contribué à diffuser l’idée de la trahison de la famille royale et à instaurer le divorce progressif entre une population, de plus en plus hostile, et la maison de Bourbon.

L’exposition se termine en hagiographie. On nous montre la dernière lettre de la reine, sa chemise, son chevet au Temple, son livre d’Heures… Bref on présente les mêmes objets que dans un monastère à proximité de la tombe d’un saint. Pour bien clouer dans l’esprit du visiteur que la reine a été une martyre, la dernière œuvre présentée est un portrait de Marie-Antoinette sur la charrette d’infamie réalisé par J.-L. David, il est vrai que placé à proximité des grandes œuvres de Mme Vigée-Lebrun, il prend toute sa dimension tragique.

Concluons donc. C’est une bonne chose de suivre la mode. La célébrité de la reine, aujourd’hui, a sûrement contribué à multiplier le nombre de visiteurs et donc a permis de faire mieux connaître la dernière reine de France. C’est un bon point. Par contre, la vraie Marie-Antoinette devait être sûrement beaucoup moins mignonne que Kirsten Dunst, et la visite de l’exposition passerait bien mieux avec du champagne et des macarons… Eh oui ! quand on veut suivre une mode, il faut la suivre jusqu’au bout ! On pourrait enfin résumer la vie de Marie-Antoinette par cette simple idée : C’est une petite écervelée qui a perdu la tête.

Exposition Marie-Antoinette, Paris, Galeries Nationales du Grand Palais, du 15 mars au 30 juin 2008.

Olivier Andurand, le 14/06/2008.

By the rivers of Babylon, there we sat down…

Lion de la porte d'Isthar

Non ! Il ne s’agit pas d’un édito sur la chanson des années 70 mais bien d’une très belle exposition qui se trouve actuellement au musée du Louvre. Le sujet s’étale sur tous les murs de Paris, un lion majestueux sur un fond bleu magnifique. Les Parisiens l’auront surement deviné, il s’agit en effet de l’exposition Babylone.

Le parti pris de l’exposition est vraiment intéressant de plusieurs points de vue. D’abord du point de vue intellectuel, les organisateurs ont choisi de présenter Babylone comme cité antique et bien réelle, celle de Nabuchodonosor II, la capitale d’un grand empire, mais aussi la Babylone mythique, celle de la Bible. Ensuite d’un point de vue esthétique, ce qui est bien le moins qu’on puisse attendre d’une exposition du musée du Louvre. De toutes les grandes cités antiques, Babylone est une de celles dont la postérité mythique est la plus importante. On pense bien sûr à la grande tour de Babel qui manifestait l’orgueil des hommes face à Dieu et qu’Il aurait détruite selon ce qu’affirme la Genèse (11, 5-9). Le deuxième épisode biblique ayant trait à Babylone se trouve dans l’Apocalypse de Jean. La cité devient la personnification de la décadence, du stupre et de la luxure, « Elle est tombée, elle est tombée, Babylone la Grande, elle s’est changée en demeure des démons » (Apocalypse, 18, 2.) Effectivement rares sont les cités dont la renommée a été aussi grande, même Rome a dû s’incliner.

Pour revenir à l’exposition, point n’est besoin de souligner son extraordinaire richesse. Les collections du musée du Louvre sont immenses, mais en plus de ces œuvres, les visiteurs peuvent voir des objets venant du British Museum de Londres, mais surtout du Vorderasiatisches Museum de Berlin. C’est en effet de ce musée que proviennent les somptueux panneaux de l’allée des Lions. Dommage que la porte d’Ishtar n’ait pu être transportée jusqu’au Louvre ! Il faudra donc envisager un voyage à Berlin pour voir cette autre merveille.

La suite de l’exposition s’attache au mythe de Babylone. On sort de l’Antiquité pour toucher au Moyen Age et suivre l’évolution de ce mythe jusqu’aux premières recherches archéologiques allemandes datant de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. On voit de nombreux manuscrits évoquant autant la tour de Babel que l’arrivée d’Alexandre à Babylone. Après ces ouvrages sortis des rayons de la BNF ou de la Bibliothèque Laurentienne de Florence, on passe à la dernière partie de la présentation. Les artistes de la Renaissance se sont penchés sur le mythe de Babylone. Dürer en a retenu le passage de l’Apocalypse et la Grande Prostituée, Bruegel l’Ancien lui se saisit de la Tour de Babel. Ces œuvres étaient attendues mais ce qui l’était moins, et qui à mon sens constitue l’une des révélations de cette exposition, c’est l’ouvrage du jésuite Athanasius Kircher, publié en1679, Turris Babel. Le père Kircher était un des savants les plus brillants de son temps. Un homme touchant à tous les sujets, s’intéressant à tout et ayant même envisagé que la musique puisse être une thérapie. Dans sa volonté de saisir l’ensemble des connaissances du monde, il s’est penché sur le passage de la Genèse et a cherché à expliquer la volonté de Dieu de détruire la Tour de Babel. Il fournit dans son Turris Babel deux explications déroutantes. La première est traditionnelle: Dieu a puni l’orgueil des hommes. Un homme comme Kircher ne pouvait se contenter de cette réponse. Il propose comme autre explication que Dieu a aussi protégé l’humanité de sa folie. En effet, selon lui, si la tour avait pu être achevée, elle aurait désaxé la terre et provoqué des catastrophes… Original et finement analysé !

Pour finir, je vous encourage tous à aller voir cette exposition, vous en sortirez ébloui et enthousiaste. C’est une très grande présentation et son catalogue fera date, c’est sûr ! Si toutefois, un agrégatif d’histoire tombe, par hasard, sur cette page, qu’il accepte le petit conseil d’un ancien… C’est tout à fait le genre d’expo qui illumine le jury et donne lieu à des sujets de Hors Programme… A bon entendeur salut et surtout bonne visite !

Exposition Babylone, Musée du Louvre, du 14 mars au 2 juin 2008.

Olivier Andurand, le 24/05/2008.

Bon Anniversaire à la Bibliothèque de Port-Royal

Reliques de Port-Royal

Au cœur du Quartier Latin, à quelques pas du Panthéon et de l’Institut de Géographie (de sinistre mémoire…) se niche un petit trésor. Au 2e étage du 169 rue Saint-Jacques, derrière une porte anodine, se cache certainement l’une des plus belles bibliothèques privées de Paris. Il s’agit de la Bibliothèque de la Société de Port-Royal, dite plus simplement Bibliothèque de Port-Royal.

J’ai découvert cette « tour d’ivoire » il y a quelques années maintenant et j’ai le plaisir d’y travailler régulièrement. C’est un appartement parisien, tout simple, mais dont les murs disparaissent sous des étagères de livres anciens. Toutes les salles sont entièrement dévouées à la mémoire de Port-Royal. Les étagères supportent des collections rares réunies au fil des siècles par des figures du mouvement port-royaliste, comme Mlle de Théméricourt, l’abbé d’Etemare, le bailli Le Paige, etc…

C’est une mémoire qui est rassemblée ici. Pour preuve, à la différence des autres bibliothèques, la salle de lecture présente des objets qui nous inscrivent directement dans le passé de Port-Royal. Les pierres du monastère des Champs voisinent avec le masque mortuaire de Pascal.

Ce masque est très impressionnant. La présence de Blaise Pascal est très puissante dans cette salle et c’est vraiment ce qui fait la particularité du lieu. Imaginez une journée grise comme il y a en tant à Paris. Vous êtes seul dans la salle. Vous lisez. Et Pascal vous regarde. Le poids de ce regard est constant. C’est une des impressions les plus fortes que j’ai eu en bibliothèque. La fixité de ces traits (et pour cause !) vous glace mais en même temps, si Pascal n’était pas là, il y aurait surement moins de charme à venir travailler ici. La bibliothèque perdrait de son attrait si ce masque, pourtant si froid, ne nous regardait plus.

Il faut aussi signaler à l’attention des lecteurs la gentillesse, et l’extrême compétence des bibliothécaires de Port-Royal. Etant eux-mêmes chercheurs sur des sujets jansénistes, ils connaissent intimement leur fonds et sont des conseillers formidables pour tous les lecteurs qui passent ici. Lors d’un reportage sur France Culture, il y a quelques temps, une lectrice à qui l’on demandait ce qu’elle venait faire ici avait répondu qu’elle venait boire un thé. Il n’y a rien de surprenant à cette réponse qui semble pourtant déroutante. Port-Royal est un lieu convivial et amical.

Aujourd’hui, cette vénérable institution fête ses 150 ans. Il me reste donc à lui souhaiter un excellent anniversaire, à remercier une fois encore l’équipe qui œuvre aujourd’hui dans ces murs et à inciter tout ceux qui pourraient lire ces lignes à se lancer dans les études port-royalistes, d’abord parce que le sujet est passionnant, et aussi pour avoir la chance de venir travailler dans cet endroit si particulier, et si attachant.

Olivier Andurand, le 18/04/2008.

Voyage à Rome

Arc de Septime Sévère et San Luca

Entre mardi 19 et samedi 23 février, les classes de 1ere ES2 et de 2de 1 (ainsi que quelques autres élèves de différentes classes) sont partis à Rome. J’ai eu la chance de pouvoir les accompagner et d’aider Mme Mouchard et M. Ranson, leurs professeurs, dans le déroulement de ce séjour.

Le programme était centré sur l’histoire de Rome et surtout sur la période antique. Nous avons donc conduit les élèves vers Ostie et Tivoli pour admirer les ruines du port antique et de la Villa d’Hadrien et dans Rome, nous avons été voir le Mausolée d’Hadrien et le Panthéon. Il aurait été inconcevable de ne pas s’arrêter un peu au forum ainsi qu’au Colisée. Nous avons essayé de faire en sorte que les élèves puissent admirer d’autres réalisations de l’Antiquité et de voir que ces œuvres faisaient aujourd’hui partie intégrante de la culture et de la vie quotidienne des Romains. A cet effet, nous nous sommes arrêtés quelques instants devant le Pasquino, la célèbre statue parlante. Pasquino est un reste de statue romaine que les Romains se sont appropriés depuis le Moyen-âge. Pour braver la censure des papes, les habitants ont placé sur la base de la statue des mots anonymes allant de la déclaration d’amour au manifeste politique. La Piazza Pasquino d’aujourd’hui conserve toujours la même tradition. On a donc affaire à une œuvre antique utilisée aujourd’hui selon une tradition qui remonte au XVe siècle. Bel exemple de continuité historique.

Naturellement, rester à Rome sans profiter des merveilles baroques aurait été pire qu’une faute, un crime. Nous avons mené nos élèves sur les pas du Bernin et de Borromini. La place Navonne, Saint-Louis-des-Français et ses Caravage, Saint-Pierre, Saint-Ignace et ses merveilleux trompe-l’œil, le Gesù, nous avons essayé d’offrir aux yeux de nos élèves un panorama le plus complet possible des merveilles romaines. Naturellement, certaines traditions ont été respectées. Aller à Rome c’est bien mais, y retourner c’est mieux, alors, dans ce but, nous avons collectivement jeté une pièce dans la fontaine de Trévi pour que nous puissions y revenir un jour.  Autre tradition qui a été respectée, la divine glace de chez Giolitti. Voilà encore un excellent motif de repartir dans la ville éternelle !

Au terme de ce voyage, j’espère deux choses. La première est que nos élèves aient pris du plaisir à visiter cette ville merveilleuse et qu’ils voudront y retourner pour la voir plus en profondeur. La seconde qu’ils aient saisi l’importance de l’histoire dans une ville et que chaque civilisation ne se fonde pas sur une table rase des époques précédentes mais qu’elle se construit par apports successifs sans qu’aucune strate n’efface entièrement l’autre. Au contraire chaque époque enrichit celles qui succèdent. C’est notre devoir de faire fructifier les héritages pour qu’ils améliorent notre vie d’aujourd’hui !

Olivier Andurand, le 24/02/2008.

Otto Dix : l’art dans la guerre

Otto Dix, un crâne

Le musée Maillol présente encore pour quelques jours maintenant une très belle exposition intitulée « L’Allemagne des Années noires ». Elle offre aux spectateurs de nombreux dessins et quelques tableaux réalisés par les peintres Otto Dix, Georges Grosz, Ludwig Meinder entre autres.

Il ne faut pas aller voir cette exposition en pensant qu’elle sera agréable d’un point de vue esthétique. Ce serait se tromper lourdement. L’art de cette période est largement marqué par la guerre de 1914-1918, et la mort est omniprésente. Les dessins présentés et surtout la suite de Dix intitulée « La Guerre » présente le quotidien des soldats au front, la confrontation perpétuelle avec la peur, les corps décharnés et en putréfaction. Tout cela est morbide mais illustre tellement bien ce que peuvent décrire Dorgelès ou Barbusse pour ne parler que des auteurs français.

Les œuvres de l’exposition permettent de bien comprendre la force psychologique de la guerre sur les combattants. Les commissaires ont eu l’excellente idée de présenter quelques toiles des soldats artistes avant l’engagement militaire. Ce parti pris, permet de saisir l’influence de la guerre sur l’art. La modification stylistique est très importante. La peinture était souvent expressionniste avant guerre, elle devient presque naïve en guerre. Après guerre, elle est réaliste, présentant le quotidien dans sa brutalité la plus sordide.

L’ombre de la mort est donc présente dans toutes les œuvres présentées. On voit des paysages de tranchée presque bucoliques mais si l’on regarde bien, la tranchée a la forme d’une tombe et les fleurs deviennent des hommages au camarade qui va surement mourir bientôt. Les formes, les couleurs (noir, rouge) tout est fait pour rendre sensible la mort et la pourriture des corps.

L’exposition ne s’arrête pas sur la guerre. Les années noires de l’Allemagne non plus d’ailleurs. La révolution spartakiste, le putsch de la brasserie d’Hitler, la crise économique, tout est présenté et représenté. La société bourgeoise allemande est décrite dans sa vulgarité. Tous les biais sont utilisés pour dénoncer la rapacité des groupes industriels et les grandes œuvres littéraires allemandes sont mises à contribution. En effet, Les Brigands, cette grande pièce de Schiller, a été mise en image par Otto Dix et la pièce devient une charge contre le capitalisme allemand des années 20.

C’est une très belle exposition, dure, mais instructive, qu’il faut se dépêcher d’aller voir avant que les œuvres ne retrouvent leur musée d’origine.

Musée Maillol Fondation Dina Vierny, 59-61 rue de Grenelle 75007 Paris, Tel : 01.42.22.59.58

Olivier Andurand, le 28/01/2008.

Bonne année 2008

Bonne année

La fin d’année est toujours un moment immuable. Le jour de l’An succède à Noël, et les Rois arrivent avec leurs toutes aussi immuables galettes.

Il est donc normal que je cède moi aussi à la tradition et que je présente à tous les visiteurs de ce site une excellente année 2008 avec beaucoup de joie, de bonheur et de succès, en particulier pour les élèves qui pourraient passer (par hasard) sur ces pages. Que l’année vous apporte donc tout ce que vous pouvez espérer de mieux pour vous.

Avant de tourner définitivement la page de 2007 et d’enterrer l’année écoulée, il faut quand même en tirer un bilan et réfléchir quelques peu aux perspectives de l’année 2008.

Les bilans font, eux aussi, partis des marronniers, des traditions de fin d’année de la presse. On ne va tout de même pas faire travailler des journalistes dans les dernières semaines de décembre ! Nous ne sommes pas des esclavagistes ! Alors si l’on examine un peu les titres des grands hebdomadaires de la presse française, on trouvera pêle-mêle,  des sujets de sociétés sans intérêt, des bilans de l’année écoulée, des prévisions plus ou moins fantaisistes pour l’année à venir… Bref, tout cela n’a pas grand fond et on sent bien que l’entrain n’y est plus et que les vacances doivent arriver le plus vite possible pour que l’on puisse enfin se ressourcer et retrouver un peu d’inspiration.

Dans la tradition des fins d’année, il y a aussi les vœux du Président. Cette année, il y a eu rupture, une fois n’est pas coutume, les vœux étaient en direct de l’Elysée, et non plus enregistrés comme précédemment. Après les forces de l’esprit de François Mitterrand, la fracture sociale qui doit se résorber selon Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy nous a servi la politique de civilisation. Gageons que dans la bouche du Chef de l’Etat, le concept n’est pas le même que sous la plume de son inventeur, le sociologue Edgar Morin. Cette expression est intéressante et inquiétante. Que doit-on mettre derrière ce terme ? L’école, puisque c’est elle qui est le fer de lance de cette nouvelle politique, doit-elle apporter la civilisation ? Que signifie le mot chez les dirigeants élyséens ?  Voilà qui ferait un beau sujet d’ECJS si cette « matière » (le terme ne convient pas mais on va l’employer par simplicité) n’était pas si convenue, démagogique et ne ressemblait pas tant à une conversation de comptoir. Mon but n’est pas ici de faire de la politique. Ce n’est pas mon rôle, mais j’aimerai seulement que celui qui lit ces lignes, réfléchisse un peu à ce que signifie cette fameuse politique de civilisation. Ce n’est pas de la politique, mais l’usage légitime de l’esprit critique que tout citoyen (quel mot galvaudé aujourd’hui !) a le devoir d’exercer.

Changeons de sujet. Vous aurez surement remarqué que depuis quelques années, les Pères Noëls sont suspendus à peu près partout dans nos villes. On en voit à chaque fenêtre, certains suspendus à une échelle, d’autres attachés comme cela directement aux rambardes. Je trouve ces Pères Noël particulièrement ridicules, mais tous les goûts étant dans la nature, je ne critiquerai donc pas ceux qui les trouvent amusants. Par contre, en marchant dans les rues de Poitiers, j’en ai vu un qui m’a fait penser à notre situation à tous. Il était suspendu seul, sa hotte était vide et on pouvait sans mal imaginer la fatigue de ce pauvre Père Noël. Je ne sais pas si ce sont les restes des agapes des Fêtes, ou mon mauvais esprit habituel, mais j’ai trouvé cette marionnette terriblement en phase avec la situation d’un grand nombre de Français. Seuls, désargentés, fatigués par la société dans laquelle nous vivons. Pendant qu’une grande partie d’entre nous préparaient de plantureux repas, d’autres étaient dans l’obligation d’aller chercher leur nourriture auprès des bénévoles des Restos. C’est dans ces moments de courses à la dépense que les inégalités sociales se font encore plus criantes entre ceux qui peuvent et ceux qui, à bout de souffle, ne peuvent rien se permettre.

Quelles perspectives se dessinent pour 2008 ? Je ne suis pas un analyste patenté, mais il est peu probable que la situation s’améliore rapidement. L’écart entre les possédants et ceux qui n’ont rien va encore s’accroître. Le prix de l’essence va encore augmenter. Le prix du baril devrait s’équilibrer autour de $105 mais c’est presque le double du prix de janvier 2007. Il va donc falloir faire changer les choses et dans le sens d’une justice sociale plus grande. Il est important que tout le monde prenne part à ce changement. Et en premier lieu les élèves d’aujourd’hui qui sont les citoyens de demain. L’éducation est un enjeu fondamental. Plus un citoyen est cultivé, plus il peut s’ouvrir au monde et ne pas se laisser prendre au jeu politico-médiatique. C’est seulement par l’ouverture à la Science, à la Littérature (et pas seulement Marc Lévi ou Dan Brown) à l’Histoire que le citoyen éclairé pourra faire changer les choses. C’est grâce à la culture que le progrès humain et la tolérance se réaliseront et que tous les obscurantismes reculeront et avec, il faut l’espérer, les inégalités. Il y a beaucoup de travail pour faire comprendre à tout le monde que la culture n’est pas réservée à une élite. Une visite dans un musée n’est pas forcément ennuyeuse, Victor Hugo n’est pas qu’un vieillard chenu qui revient régulièrement dans un cours de lettres. Mais la contemplation d’œuvres peut se révélé passionnante voire même bouleversante. Les classiques peuvent emporter l’esprit dans le temps et dans l’espace bien mieux que ne pourraient le faire internet et la télévision.

Pour finir ce long texte bien différent de ceux que j’ai pu écrire auparavant, je n’aurai qu’un vœu à formuler pour vous tous en plus du bonheur que je vous souhaite : cultivez vous et vous pourrez changer votre vie et (pourquoi pas) le monde !

Olivier Andurand, le 03/01/2008.

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